Au nom du groupe PLR, Yvan Arlettaz est intervenu pour livrer une lecture à la fois attentive et critique de ces dossiers. Il souligne l’importance de l’HVS pour la population et l’économie cantonale, tout en rappelant la nécessité de maîtriser les coûts, de réussir la transformation numérique et organisationnelle de l’institution, et d’anticiper les grands défis sanitaires des prochaines années.
Quel regard portez-vous sur l’Hôpital du Valais après l’exercice 2025 ?
L’Hôpital du Valais est une institution centrale pour notre canton. C’est le plus grand employeur du Valais, avec 6’262 employés pour 4’557 équivalents plein temps. Il assure les soins stationnaires, ambulatoires et d’urgence, mais aussi la prévention, la formation et la recherche. C’est une institution indispensable, mais c’est aussi une institution qui a un coût important. En 2025, son chiffre d’affaires atteint 923 millions de francs, soit environ 2,52 millions par jour.
Le résultat positif de 2025 est-il rassurant ?
Il faut le saluer, mais il faut aussi le relativiser. Le résultat 2025 est positif de 2,9 millions de francs. Cela correspond à environ un jour d’activité de l’Hôpital du Valais. Les recettes ont augmenté de 4,6 pour cent, alors que les charges ont progressé de 3,8 pour cent. Les 33 mesures d’économie ont permis un rattrapage de 16,4 millions, ce qui montre un effort réel d’efficience.
La situation financière reste donc fragile ?
Oui. Le taux d’endettement atteint 70,39 pour cent. Il augmente de 2,39 points par rapport à 2024 et de 17 points par rapport à 2021. Cette évolution est liée aux investissements importants, notamment à Sion et à Brigue. La situation financière est préoccupante, même si elle ne remet pas en question la continuité d’exploitation.
Quels sont les principaux défis pour l’Hôpital du Valais ?
Les défis sont nombreux. Il y a les constructions, avec les investissements massifs à Sion et à Brigue. Il y a le financement, notamment dans l’ambulatoire avec TARDOC, dont l’impact reste incertain et pourrait entraîner une diminution de 2 à 4 pour cent. Il y a aussi le financement stationnaire cantonal, les incivilités, les nouvelles salles d’opération sur le site de Sion et les normes parasismiques.
Que pensez-vous de la centralisation sur Sion et Brigue ?
La centralisation sur Sion et Brigue doit permettre une meilleure gestion et une plus grande efficience. C’est l’objectif. À Sion, le concept médico soignant prévoit une centralisation et une augmentation des lits à 474. Mais cette transformation doit être suivie de très près, car l’extension de Sion représente 51,87 millions de plus que prévu, soit un dépassement de 21 pour cent.
Le canton a aussi voté un cautionnement important ?
Oui. Le Grand Conseil a voté en novembre 2025 un cautionnement de 294 millions de francs. Il faut aussi mentionner une prestation d’intérêt général de 70 millions. Ces montants montrent l’ampleur de l’effort public. Cela implique une responsabilité forte dans la gestion, le suivi des coûts et l’efficience de l’institution.
Les conditions de travail du personnel ont aussi été améliorées ?
Oui. Une augmentation de 13,1 millions a été consacrée à l’amélioration des conditions de travail. Le taux de rotation a diminué à 8,4 pour cent, contre 9,7 pour cent en 2024. C’est positif. Dans une institution de cette taille, la stabilité du personnel est essentielle.
Où se situe l’Hôpital du Valais dans les comparaisons nationales ?
L’EBITDAR (résultat avant intérêts, impôts, dépréciations, amortissements et loyers) atteint 5,05 pour cent en 2025, contre 3,4 pour cent en 2024. La moyenne suisse est à 5,4 pour cent, l’objectif est à 7 pour cent et la référence recommandée à 10 pour cent. L’Hôpital du Valais se situe donc dans la moyenne suisse romande, mais il doit encore progresser.
Et sur le numérique ?
Les dépenses informatiques représentent 3,9 pour cent des charges. L’HVS se situe dans le tiers inférieur du benchmark national. L’objectif interne est de 5 pour cent, alors que les hôpitaux les plus avancés sont entre 7 et 9 pour cent. La transformation numérique reste donc un enjeu important.
Quel regard portez-vous sur la politique sanitaire cantonale ?
Le service est très actif et de nombreux axes de développement sont engagés. On peut citer le poste d’infirmière cantonale prévu au 1er juin 2026, le masterplan pour la médecine ambulatoire en collaboration avec la Société médicale du Valais, la valorisation des compétences des pharmaciens, les équipes mobiles, les infirmiers en pratique avancée ou encore les médecins répondants dans les EMS.
La médecine ambulatoire devient-elle un enjeu central ?
Oui. Le canton travaille sur le masterplan pour la médecine ambulatoire et envisage une collaboration avec l’Université de Fribourg pour un master en médecine de famille formé en Valais. Il y a aussi la mise en œuvre du numéro 0848 200 300 depuis le 1er septembre 2025 pour les urgences non vitales, avec des échos positifs et une bonne progression des appels.
La prévention est-elle suffisamment prise en compte ?
La prévention est indispensable, mais le système de santé n’est pas vraiment axé sur elle. C’est souvent la seule variable en cas de manque de financement. Pourtant, les sujets sont nombreux, comme le harcèlement, la santé mentale, l’usage numérique responsable, les enfants diabétiques ou encore l’analyse des effets des pesticides sur les écoliers.
Faut-il commencer certains dépistages plus tôt ?
La question mérite d’être posée. Pour les cancers du sein et du côlon, on observe une augmentation de cas entre 30 et 50 ans. Il faut donc se demander si certains dépistages ne devraient pas débuter plus tôt.
Le vieillissement de la population est-il vraiment LE défi majeur ?
Oui. Les soins de longue durée représentent un réel défi pour le système de santé. Aujourd’hui, le nombre de personnes de plus de 65 ans équivaut au nombre de personnes de moins de 20 ans. Le rapport provisoire sur la politique des générations 60 plus évoque une augmentation nécessaire de 442 à 769 lits supplémentaires de long séjour en EMS.
Quel est le lien entre l’hôpital et les EMS ?
Le lien est direct. Des lits hospitaliers sont occupés par des patients en attente, faute de lits disponibles en EMS. Cela pèse sur l’hôpital et sur l’ensemble du système. Si l’on veut améliorer l’efficience, il faut agir sur toute la chaîne de prise en charge, pas seulement sur l’hôpital.
Que faut-il retenir sur les hospitalisations hors canton ?
Il y a 7’752 cas d’hospitalisation hors canton, pour 71 millions de francs, surtout depuis le Haut Valais. Mais il y a aussi 6’519 patients hors canton qui viennent se faire soigner en Valais. Le sujet doit donc être regardé de manière équilibrée.